Quand le cœur parle sans consulter la tête = bourbier assuré

Jamais je ne me serais imaginé qu’un jour j’établirais un parallèle entre l’appartenance de Moutier au canton du Jura et la bourse. Ce sont deux sujets que tout oppose et pourtant, les similitudes sont aussi larges que la Russie l’est d’est en ouest, sauf le froid. Je suis heureux que tous les investisseurs qui décident encore aujourd’hui d’acheter le marché soient si nombreux. Je salue leur courage. Leur raisonnement est basé uniquement sur l’espérance d’un rendement autre qu’un misérable pourcentage sur leur compte épargne. Donc c’est le cœur qui parle, car on préfère faire l’autruche en se martelant que tout ira forcément bien en faisant d’ailleurs une prière chaque matin au réveil en espérant que le pari fonctionnera. Car il ne s’agit que de cela: la roulette russe (toujours sans le froid)! Les marchés peuvent encore monter c’est certain, si les allumés du cœur se réunissent et se joignent pour supplanter en nombre les vendeurs.

Si en revanche la tête avait été invitée à la fête… mais quoi la tête ce ne peut être sérieux. Il n’est pas possible d’inviter la tête à pareil gueuleton car si on se mettait à l’écouter, on ne ferait juste plus rien et elle nous saperait nos espérances. A des niveaux pareils de marché, hormis quelques titres qui restent sous-évalués, il faut juste être zinzin pour y entrer, surtout lorsqu’on constate que la hausse des taux est enclenchée aux States, et différée en Europe.

La petite ville de Moutier a décidé quant à elle de rejoindre le canton du Jura et c’est une excellente chose. L’appel du cœur lancé à tous les votants a été entendu et comme beaucoup, je salue le fait qu’en Suisse nous ayons le droit de choisir notre destinée selon une démocratie que beaucoup nous envient. Le canton du Jura peut être fier d’avoir réussi à faire vibrer leurs concitoyens de cette manière et rarement événement politique n’aura rassemblé autant de passion. D’ici à très peu de temps, comme en bourse d’ailleurs, il conviendra cependant de ne pas oublier de réactiver quelques neurones laissés endormis depuis longtemps. Tout bientôt, c’est la tête qui va prendre le dessus sur les émotions. Pour Moutier, ce sont les gouvernements cantonaux qui vont devoir mettre en place le futur de la cité. On va enfin parler concret, c’est-à-dire d’argent. Et au fil des mois, je me réjouis beaucoup de suivre ce feuilleton qui durera quelques années. On a promis, même ce qui était impossible à promettre. Et maintenant il va falloir atterrir et payer l’addition. Et comme toujours dans ces cas-là, ce sont les contribuables et les travailleurs qui en « bénéficieront ». On verra ce qu’il restera des appels du cœur d’ici à quelque temps, comme en bourse d’ailleurs.

La hausse progressive des taux implique inévitablement pour le chaland une montée progressive du prix du crédit. Pas bon ça, surtout quand on sait que l’émission de dette reste galopante. Pour la bourse, la hausse des taux représentera toujours plus une menace. La corde se tend peu à peu, sans qu’on n’y prenne garde pour l’instant, car elle se tend timidement. En fait, on n’y croit pas encore vraiment. On préfère se dire que les technos ont devant elles encore un super avenir, même si on paye 113 fois les bénéfices dans le cours de certains titres. Alors bien sûr ça peut encore monter, surtout si le trend de tapisser entièrement sa chambre d’iPhone devient le must do pour être reconnu dans le préau. Reste que la probabilité d’une correction massive augmente de jour en jour. On ne sait juste pas quand cela se passera. Quant au canton du Jura, que j’adore, et même s’il s’est donné les moyens de disposer grâce aux fonds fédéraux d’un réseau routier tout bonnement fascinant, cela reste un canton aux moyens modestes ceci en raison de sa taille. Moutier a pris le pari de rejoindre ce canton attrayant, dynamique, mais qui reste tout petit au niveau de sa puissance financière. En bourse, les technos ont dépassé la cote d’alerte à la hausse. Dans le Jura, les investissements sont également terminés, à moins que le Canton décide de construire un aéroport qui remplacerait celui de Bâle ou qu’il construise le réseau sous-terrain de métro le plus dense du monde. Acheter Alphabet ou Facebook est une folie à des prix pareils. Rejoindre le Jura alors que tout est achevé est un pari tout aussi risqué. Dans les deux cas, si on y va en écoutant le cœur, on fonce et on verra bien. En revanche, pour celui qui regarde son porte-monnaie, ben là ça coince… Mais le dicton est bien connu: quand on aime, on ne compte pas. Sauf quand on nous demande de mettre la main au porte-monnaie ou qu’on l’ouvre et qu’il ne se remplit pas…

 

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