Les chiffres qui plombent

Peu de texte pour une fois mais des chiffres. Hier j’écrivais un billet qui traitait de la problématique des pays émergents. L’Indonésie, le Brésil, la Turquie sont asphyxiés par l’inflation et des devises qui dévissent, et je ne parle pas du Venezuela. La livre turque a perdu 16% par rapport au franc suisse depuis le début de l’année. Le real 18. Les taux directeurs en Turquie frisent les 18% aussi. Et cette nuit le couperet est tombé quant à l’Argentine…

Le peso a perdu 25% contre dollar et l’inflation s’élève exactement à ce même pourcentage. Le Fonds monétaire international vient de lâcher une enveloppe de 50 milliards de dollars pour éviter un collapse. L’Argentine est donc sauvée et a déjà pris rendez-vous pour dans 10 ans, si tout va bien. Un grand classique pour ce pays malheureusement, sauf que dans 10 ans, Messi sera à la retraite. En revanche et la question reste ouverte, comment l’Argentine fera-t-elle pour rembourser?

Quant aux bourses elles n’aiment pas cela. Donc ce sera sell-off today et mieux vaut éteindre ses écrans plutôt que d’angoisser en regardant la chose que l’on voit si on allume Bloomberg: la couleur rouge.

Les taux montent… l’inflation aussi…

La BCE va bouger. La FED va déclencher la poursuite de la hausse des taux. La BNS suivra. Et les bourses? Elles vont monter, encore pour un moment, jusqu’à ce que ça commence à pécloter. Les banques devraient recommencer à encaisser du pognon grâce aux taux, sauf pour celles qui se font tanner pour des amendes. Credit Suisse vient de se reprendre la 759ème prune depuis 2008. D’ailleurs c’est devenu tellement banal que la banque ne se donne même plus la peine de donner les raisons car tout le monde s’en fout complètement. On sait juste qu’ils se sont fait peigner et c’est tout. Donc on devrait acheter les banques. Ceux qui achèteront les banques seront les spéculateurs, les parieurs invétérés, ceux qui n’auront pas peur de se reprendre une casquette un jour. Investir dans une banque, c’est en fait parier sur le hasard, un peu comme tenter de prédire si la Suisse battra le Brésil 6 ou 7-0. On peut rêver. Ou pas. Mais dans les banques, il y a encore les fantômes du passé qui se cachent on ne sait où. Demandez à Deutsche Bank. Ils ne savent même plus ce qu’ils doivent et à qui et combien de procédures leurs pendent au nez. Même les réviseurs ne sont pas à même de chiffrer les provisions. C’est impossible car plus personne n’y comprend rien.

La dernière fois que les banques centrales avaient tenté de vouloir normaliser la situation ça c’était très mal passé. On est junkies depuis 10 ans donc tout à coup ça va faire très drôle de se dire qu’on nous prive soudainement de cocaïne. Va falloir faire sans = soubresauts des marchés et chiasse pourraient s’inviter dès cet automne. Car depuis le temps qu’on s’y prépare, chacun devrait avoir fait ses provisions de Stimorol et d’avoir dit tout l’amour qu’on porte à sa famille, juste au cas où tout partirait en vrille. Le Nasdaq vole de record en record et l’évolution des cours des technos me laisse pantois. Aucune idée si nous sommes à la veille d’une nouvelle flambée des cours ou si ce n’est qu’un feu de paille. Car avec la hausse des taux, on s’en va clairement dans une direction non plus influencée par les personnes qui cherchent juste à placer leur argent, mais par les spéculateurs. Car à présent, avec des taux qui vont monter, on pourra parier tant sur les actions (et tirer des puts à tout va) que sur les obligations, avec de brusques mouvements de balancier de l’un vers l’autre suivant l’état de la chaussée.

Ensuite c’est toujours la même chose avec l’inflation. Tant qu’elle ne s’emballe pas trop les banques centrales ne montent pas leurs taux comme des abrutis. Donc on se rendort et on laisse mijoter. Mais si ça s’emballe on va tous ressembler à Neymar. Il court très vite mais il ne tient pas debout. Le cycle haussier que nous vivons, formidable de durée, ne donne pour l’instant aucune velléité de vouloir ressembler à Neymar, surtout avec les Apple et consorts qui pètent record sur record. Jusqu’à présent j’ai toujours laissé passer les orages sans trop m’affoler, même s’il n’arrête pas de flotter en Suisse. Ça finit toujours par passer. Et pour l’instant rien ne me dit que le cycle touche à sa fin, même si pour la première fois j’observe cette phase de transition d’un peu plus près. Surtout que les Emergents commencent à tirer la langue, même si les journaux nous disent que maintenant c’est plus pareil qu’autrefois, qu’ils sont mieux prémunis contre les risques de change et que leur dette est « supportable », même si elle est émise en dollars… Ne jamais oublier que les Emergents sont souvent le reflet des déséquilibres naissants. Et comme avec les subprime, on aime bien se rassurer en se disant que ce n’est pas grand-chose, et que nous les pays super forts et riches on s’en tape le pompon. Les Turcs vont apprendre dans les mois qui viennent ce que souffrir veut dire. 12.15%: c’est le taux de l’inflation en mai. En avril c’était 10.85%. Et d’autres pays suivront. C’est dingue, mais tout à coup on s’intéresse à l’Argentine et plus seulement à Messi. On s’intéresse aussi à la Colombie (ils ont une équipe de foot eux?). Pour une fois qu’on parle de la Colombie autrement qu’en termes de came c’est tout dire.

Plutôt carbo ou pesto?

Je ne sais pas vous, mais moi je paye toujours mes achats lorsque je fais mes courses. Enfin presque. Donc en principe, je paye mes courses (sauf quand un robot indique à blondasse que j’ai oublié de scanner un paquet de thé à CHF 1.95), avec du vrai argent que je possède dans mes poches. Quand je vois la tronche des marchés hier et que je lis les nouvelles italiennes (non rien sur Buffon cette fois-ci et ne me dites pas qu’il ira au PSG), je me dis que le monde continue de marcher sur la tête.

En Italie, celui qui la dirige temporairement a sorti son premier discours. Un grand classique. L’écrire lui aura certainement pris à peine quelques secondes car le discours est bien ancré dans les tiroirs de gouvernements désespérés. Je traduis? En clair on baisse les impôts et on creuse la dette. Mais nooooooon c’est pas possible! Mais la vraie surprise, c’est la réaction des marchés qui sont allés à la cave suite à son discours. Mais que pouvait-on attendre d’un pays tel que l’Italie? Qu’est-ce que pouvait dire d’autre ce mec devant tout un tas de cravatés sortis du formol? L’Italie est surendettée et ne remboursera plus jamais sa dette, comme tant d’autres pays. Creuser le déficit reste la seule voie possible lorsqu’on se trouve avec tant de pâtes dans son charriot qu’on ne payera jamais, mais dont on a besoin pour ne pas mourir de faim. Pour faire l’analogie avec la Coop, moi j’ai pu passer la caisse, car j’ai payé mes pasta, et mon paquet de thé. L’Italie, sans un franc dans sa poche, elle serait ressortie du supermarché certes avec son caddie, mais complètement vide. Lire la suite →

Vérifions les incertitudes et reprenons confiance

Encore et toujours la même salade qu’on nous re-re-re-re et ressert: les dangers liés à la politique. J’assistais hier soir à une brillante conférence donnée par un psychologue suisse, qui écrit grand nombre d’ouvrages à succès. Un homme qui n’a pas peur de bousculer les idées reçues comme il le dit lui-même, déformées qu’elles sont car transmises au travers de la petite fenêtre TV qui ne fait qu’offrir misère sur misère. Ce psy, en fait il aurait pu être comptable, ou vérificateur des comptes, ou percepteur d’impôts. L’impression ressentie, ou la perception de quelque chose, il veut pouvoir la mesurer. Et ce psy a sorti des chiffres hallucinants qui m’ont complètement scotché sur place, preuve en est que la lucidité que je crois posséder est régulièrement altérée.

On s’essaie à un petit quiz? D’après vous, le monde est-il meilleur aujourd’hui ou pire qu’autrefois? Tout seul pour décider, j’ai répondu sans réfléchir que c’est pire aujourd’hui qu’hier. Avec la pile de dettes, les bringues entre pays, l’Europe qui coince, les Etats-Unis qui se déglinguent gentiment, les bourses anormalement hautes et gonflées aux amphétamines, je ne vois pas de quoi me réjouir. Voilà ce que je vois. Mais quoi d’autre encore? D’après les chiffres publiés, chiffres de l’ONU, le monde n’est jamais allé aussi bien. Le degré d’alphabétisation se réduit constamment. Le taux de mortalité des enfants devient quasiment incompressible tant il est bas et il n’y aura plus de pauvres sur la planète en 2030. Graphiques à l’appui, cet écrivain au verbe aiguisé s’amuse à tordre le cou à tout ce qu’on veut nous faire croire, et le comble pour un psy, chiffres à l’appui. Pour lui, toute impression doit être vérifiée, comme toute promesse doit pouvoir être mesurée concrètement. Alors on parle de politique et on s’amuse à relativiser? L’Italie, c’est le bordel au niveau politique. Mais est-ce grave? L’Espagne, c’est olé olé. Est-ce que ça a déjà été différent depuis 40 ans (avant je ne me souviens pas)? La France se mobilise pour résister au changement. Du déjà vu aussi non? La Suisse avance timidement et résiste à toute volonté de perdre sa démocratie chèrement acquise. Là non plus rien de nouveau. Les Etats-Unis aiment bien écraser périodiquement le monde en rappelant qu’ils sont trop forts et que ce sont leurs conditions qui prédominent. Juste banal. La liste des pays ayant fait faillite depuis toujours est longue comme le bras. Vous pensez vraiment que ça ne se reproduira plus et qu’on va tous mourir cette fois-ci? Lire la suite →

Une balançoire qui devient gentiment folle-dingue

Prenez deux enfants qui veulent jouer à la balançoire. Chacun s’asseye à un bout, bien calé dans son petit siège et hop c’est parti! L’ennui, c’est qu’un des deux a 10 ans, l’autre 5. Le plus petit d’entre eux gesticule tant et plus car lorsqu’il est en haut, il ne redescend plus, car trop léger. Deux solutions dans ce cas-là. Soit le plus lourd des deux qui prend un malin plaisir à rester scotché sur son petit siège s’enlève, et là ça risque de faire bobo pour l’autre, ou alors c’est maman qui vient contrebalancer de l’autre côté, ce qui crée à nouveau un beau déséquilibre.

Cet exemple banal et bien connu des parents d’enfants en bas âge illustre exactement ce qu’il se passe actuellement sur le marché des changes. C’est la pagaille! Le dollar s’est bien renforcé face aux émergents et les déséquilibres croissent à la vitesse des champignons qui poussent en ce moment un peu partout. Un soir en vous couchant vous ne voyez rien sur votre pelouse et au petit matin, comme par magie, vous vous frottez les yeux en vous demandant si ce que vous avez fumé le soir d’avant ne vous a pas endommagé le cerveau. Ensuite vous avez l’habituel bordel européen, épisode 432, saison 10, des turbulences qui animent une Europe qui ne fonctionne toujours pas et qui ne fonctionnera jamais sous cette forme. L’Italie reste ingouvernable et tout le monde a peur… de sa dette, monstrueuse, de toute façon impayable. Tout le monde sait cela mais ce qui ferait peur, au vu de la panade politique, c’est qu’un con décide qu’il est temps de ne plus l’honorer. Quant à l’Espagne, cela reste une poudrière dirigée par un parti corrompu et qu’on maintient au pouvoir histoire de lui tirer toutes faveurs possibles. Lire la suite →

 
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