Un kangourou qui saute toujours plus haut

Je n’en reviens pas de ce que j’ai lu. Devant le recul de l’activité minière, pourtant toujours à des niveaux très élevés, l’Australie vient de décider d’effectuer un pas de géant. Seul hic, c’est en arrière qu’il se fait. Toutes les énergies renouvelables cesseront d’être subventionnées par le Gouvernement. Ce dernier choisit de relancer l’activité minière en ouvrant de nouvelles concessions pour des mines de charbon afin d’approvisionner ses propres centrales électriques. Ce pays, qui pourrait être jalonné de panneaux solaires sur à peu près tout son territoire, qui pourrait installer des turbines géantes dans l’océan tout autour, ce pays ne fera rien de cela. Il lui faut de la croissance, poursuivre un formidable cycle entamé il y a 20 ans avec le boom minier. Il y a 7 ans, je payais le quotidien national The Australian AUD 1.20. C’est 3 dollars qu’il faut débourser aujourd’hui. Je payais mon café 2.20. C’est 4 aujourd’hui. Il y a 15 ans, alors que je voyageais dans ce pays, la presse s’inquiétait déjà du surendettement des ménages, de la consommation effrénée. Aujourd’hui? C’est encore pire. Non seulement ce pays est riche, mais en plus les habitants s’endettent énormément. Le prix des maisons s’est envolé et l’immobilier genevois fait juste office de faire valoir en comparaison. Mais pire encore. Les banques ont développé tout un tas de « produits financiers » destinés à faciliter l’achat d’une maison. 40% des hypothèques octroyées se font sur la base de prêts non remboursables. En clair, vous payez très cher un prêt qui ne se réduit jamais. UBS vient d’ailleurs de se faire une belle publicité en brusquant l’industrie financière locale. Son rapport indique que tout est réuni pour vivre une crise type subprime puissance X.

L’Australie poursuit pourtant son formidable développement. Le Gouvernement va investir AUD 220 milliards ces 4 prochaines années dans le développement des infrastructures. Ça fait rêver, surtout lorsqu’on sait que le tout est autofinancé. L’Etat se porte bien. Les privés aussi avec des salaires pouvant faire des envieux même en Suisse. L’Australie vit une montée en puissance dont personne ne parle. C’est normal. L’Australie à l’échelle de la planète, tout le monde s’en fout. Et pourtant… Il existe des signes qui ne trompent pas. Ford, Opel et Toyota viennent de fermer leurs usines. L’Australie produisait en effet ses propres voitures. La raison de ces fermetures? Il y a quelques années, les syndicats ont exigé de meilleures conditions de travail pour les employés. Les constructeurs ont entendu, accordé les hausses… et pris les mesures en conséquence. Comme un air de déjà vu en Europe pas vrai?

En revanche et ce n’est que mon impression, je crois déceler dans cette marche forcée une sorte de chant du cygne. La côte Est se dote toujours plus de « luxury resorts » destinés à attirer principalement les Asiatiques. Seul hic, le Gouvernement chinois n’a plus trop envie de laisser ses citoyens investir hors de ses frontières en bloquant les capitaux. Ne comptez pas non plus sur l’australien moyen pour avoir envie de payer très cher une maison dont le prix a quadruplé en 10 ans. Un Australien, la seule chose qu’il souhaite vraiment, c’est pouvoir disposer de son Toyota Landcruiser et de sa tente-remorque! Donc peut-être en vue un monumental « pschuiiiiit » de la baudruche.

Et du côté des bourses on fiche quoi? Ça monte tiens donc et ça n’en finit pas. Je lisais en Australie durant toute une semaine des articles sur le crash d’octobre 87. Dingue comme l’être humain prend plaisir à ressortir de ses placards des souvenirs douloureux en tentant d’en tirer des parallèles 30 ans plus tard. Rien n’est plus pareil et tous ces articles n’avaient qu’un seul but: foutre la trouille et faire vendre le canard! En octobre 1987, puisque j’étais jeune apprenti banquier à ce moment-là, rien n’était pareil. Le département « titres » qui m’employait ne disposait que d’un seul terminal pour tout le bureau, avec des cours qui défilaient en vert au moyen d’un curseur qui dévalait l’écran à la vitesse d’un escargot. Nous tapions les avis de bourse à la machine à écrire et devions appeler la bourse en direct pour passer nos ordres. Plus vraiment pareil de nos jours et la comparaison s’arrête là.

Je constate encore que certains titres explosent littéralement à la hausse depuis quelques mois avec des niveaux de valorisation extrêmes comme SwissLife ou Schindler, ou encore EMS. A des niveaux pareils, ça fout les boules d’entrer dans ce marché de dingue. Et pourtant ça ne fait que monter, encore et encore. Ne comptez en tout cas pas sur moi pour vous dire quand ce marché s’arrêtera de monter car je n’en sais rien. Rien ne sert de pisser contre le vent, même si l’on pense que ça ne peut continuer ainsi.

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