Et demain on effacera les dettes

Ce qui retient mon attention ce matin est une communication de la BCE. Elle acceptera désormais des obligations dites « pourries » en guise de contrepartie. Pour faire simple, elle ouvre grand les vannes du crédit, encore plus qu’avant, et elle se fout complètement des contreparties offertes. Dame Lagarde fera donc tout ce qu’il faut pour que n’importe quel Etat, ou institution financière ne fasse faillite. La chose à retenir au premier coup d’œil, c’est que c’est un bon signe. On peut regarder droit devant sans se poser aucune question. Elle pédalera comme une folle sur sa machine à imprimer du pognon, COVID ou pas, et le distribuera à qui en voudra.

Ensuite il faut regarder un tout petit peu plus loin, même si je sais que c’est difficile. Cette annonce veut encore dire ceci, même si ce n’est pas encore écrit: un jour, la BCE passera les pertes. C’est elle qui les prendra à charge, simplement en rayant de son bilan tout ce qui n’aura pas été remboursé. Elle fournira ensuite les Etats, directement, sous forme de versement de cash, comme un don. Et les dettes disparaîtront aussi des livres de comptes. Alors je ne sais pas si cela est possible. Déontologiquement ça paraît difficile. Mais techniquement c’est possible. Si à titre privé je possède des dettes par-dessus la tête et qu’un généreux donateur propose de me les payer, qui me dira que ce n’est pas possible? Lire la suite →

Der Zug läuft wieder…

Je me rappelle comme si c’était hier de la pandémie boursière liée aux technos. C’était il y a 20 ans. Et alors que tout le monde broyait du noir – c’était une époque où je portais encore une cravate – mon directeur nous avait réuni. Il nous expliquait que nous devions recontacter nos clients afin de faire du courtage. Sauf que je me reprenais banane sur banane car mes clients avaient perdu beaucoup d’argent en bourse. Et les news de l’époque étaient très sombres. On se demandait qui allait encore faire faillite et jusqu’où cela irait. On se demandait si l’économie mondiale était menacée, si la récession serait sévère. On se disait encore – ou « déjà » c’est selon – que l’endettement était à son comble, que de toute façon les banques centrales étaient cinglées d’inonder le monde de liquidités. Ça, c’était en 2000. Me reste cette phrase de mon boss de l’époque qui nous avait dit en Suisse allemand: « Pour celles et ceux qui ne l’ont pas remarqué, le train roule à nouveau… » En clair, il nous disait que le pire était passé et que c’était LE moment pour revenir dans les marchés. Et il avait raison.

Aujourd’hui nous sommes en 2020 et la pandémie est différente. Mais on se pose exactement les mêmes questions: qui sera encore debout après la crise ? Il ne se passe pas un seul jour sans qu’on nous dise combien de morts il y a, que le chômage va exploser à la hausse, que la récession sera terrible, avec à la clé un PIB en baisse de 10% et un taux de chômage qui oscillera entre 1 et 100%. C’est vrai qu’à lire comme ça ça fout les jetons ! Mais… et il y a un mais… la bourse est repartie ! Comme d’habitude l’Europe peine à suivre les USA. Mais de l’autre côté de l’Atlantique c’est différent. Les Américains sont habitués à plonger, à faire faillite, à souffrir. Mais ensuite ils renaissent très vite, aussi vite qu’ils sont tombés. Ils ne sont pas comme les Européens, à pleurnicher, à attendre que le Gouvernement intervienne autrement. Ils savent que pendant quelque temps ils sont en survie, ne pouvant compter que sur leur peau pour survivre. En Europe, vous faites faillite et cela vous colle à la peau toute votre vie. On vous le ressortira à chaque apéro. Aux States, on vous encouragera à recommencer.

Alors je ne dis pas qu’un nouvel épisode de baisse n’aura pas lieu. En fait il y a en souvent un dans ces phases de sortie de crise où on se refait le feuilleton « je panique bis ». Mais les marchés sont repartis. Ils anticipent déjà la suite, la reprise des activités, avec à la clé un effet de levier jamais vu de par son ampleur: l’argent gratuit des banques centrales. Où ça nous mènera ? Aucune idée. Mais d’ici à ce qu’on meure tous, les marchés vont monter et reprendre le bull-market qui n’avait toujours pas, à mon sens, vécu sa pleine phase d’exubérance typique d’une fin de cycle. Alors techniquement je sais que je suis faux. Lorsque les marchés plongent ainsi, on parle de bear-market. Mais à y regarder de plus près, je parlerais plutôt d’un flash-crash. Et d’ici à quelques années, lorsque l’on regardera les graphiques, on se dira peut-être que cette brusque baisse des marchés n’aura été qu’anecdotique.

C’est en 1987 que j’ai vécu mon premier crash. Et à l’époque vous saviez ce qu’on disait ? Que l’on ne s »en remettrait jamais…

Des claques se perdent

Je réagis rarement aux déclarations politiques mais là, c’est impossible de me taire. Certains sur cette Terre ont de la chance d’être nés dans la période post-Hitler. Car s’ils avaient eu droit à la période de vie de la 2ème guerre mondiale, on les aurait simplement alignés contre un mur en leur collant une balle entre les deux yeux. PLR et UDC ont choisi de faire parler d’eux de la plus triste des manières. Il faut dire qu’ils n’ont plus rien à dire vu que c’est le Conseil fédéral qui gère le pays en direct depuis quelques semaines. Et comme ils doivent bien s’embêter à la maison, ils choisissent de faire des déclarations à l’emporte-pièce.

Ces braves gens, et principalement la dame qui dirige le PLR, ne pensent en effet qu’à renvoyer les gens bosser, alors que la pandémie continue de monter en puissance ! La seule chose positive que je retire, c’est que le COVID-19 nous apprend que l’égalité homme-femme franchit un nouveau pas. Les femmes sont tout aussi capables que les hommes dans la connerie. D’ailleurs, et puisqu’elle apprécie le monde politique, je suggère à Mme PLR d’aller rendre visite à M. Johnson. Pas sûr qu’elle recevra l’autorisation de lui amener des fish & chips car il est hospitalisé. Lire la suite →

A la poursuite de l’illusion

Je lis et entends encore beaucoup d’acteurs qui rêvent complètement. Je ne sais pas s’il s’agit de bêtise ou de déni de la réalité. Ou alors tout bonnement si notre monde est vraiment peuplé de cons finis. J’entends encore beaucoup trop souvent: « Il faut être prêt, reposé, quand tout repartira et qu’il faudra rattraper le retard ! Prenez vos heures supplémentaires, prenez des vacances car ensuite, il faudra y foutre. »

Demain ne sera plus jamais comme aujourd’hui. Le monde ne repartira pas juste comme cela. Il repartira, mais gentiment. Et tant qu’aucun vaccin n’existe, tant qu’il y a des risques, vous pouvez oublier voyages et vacances hors frontières. Plus personne ne laissera passer personne. Actuellement le monde est simplement en mode pause. Enfin c’est relatif. Car tout un tas de métiers continuent de fonctionner tout normalement. Les habitudes changent déjà. 70% des salariés pouvant travailler partiellement en télétravail souhaitent poursuivre sur cette voie-là. Confort amélioré, meilleur équilibre de vie et j’en passe. Quant à moi vous voulez savoir ? Jamais été aussi efficace depuis que je me terre chez moi. Je ne suis ni dérangé, ni perturbé, travaille lorsque l’énergie est là. Et j’ose le dire ? Plus de perte de temps inutile, plus de séances marathon improductives au possible, et plus de… ouh là c’est tabou… présentéisme. Parfois. Pas tout le temps quand même. Mais je ne suis certainement pas le seul à me l’avouer. Ou peut-être suis-je le seul et que tous ceux que je connais sont super impliqués chaque jour. Combien de fois, because heures bloquées à respecter, je me force à rester au bureau alors que je n’ai plus aucune motivation. Alors qu’en ayant la liberté de rentrer chez moi il n’est pas exclu que j’entame plus tard dans la journée ce que j’aurais à faire.

Ressort de ces lignes la plus grande peur de l’humanité: la peur de perdre le contrôle. Demandez à vos chefs. Oh ils nieront, insisteront qu’ils ont besoin de savoir ce que vous faites, qu’ils ne vous payent pas pour rien. Mais de là ressort clairement le manque de confiance. Un travailleur doit pouvoir être payé en fonction d’une mission à accomplir. Et non d’heures de travail à fournir. La timbreuse devrait pouvoir trouver sa place dans une benne à la déchetterie. Lire la suite →

Death march to nowhere

La belle saison sera particulière cette année. Vous aimez nager ? En lieu et place de la mer, ce sera plutôt dans un océan de liquidités que l’on s’apprête à pouvoir exercer notre brasse. Globalement les marchés se sont repris, reprenant peu à peu leur marche en avant, avec toujours une volatilité aussi calme que les eaux d’un océan tumultueux au bas d’une falaise. Les titres qui sont se sont fait massacrer, scalper, bousiller, reprennent du poil de la bête. J’en veux pour preuve les assurances. Des SwissRe, Helvetia, SwissLife remontent comme des bouchons. Tout le monde a eu très peur que les assurances doivent passer à la caisse et pas qu’un peu. Or il n’en est rien. Comme bien souvent, les assurances prévoient tout, surtout lorsqu’il s’agit de se prémunir de risques. En général c’est écrit tout en bas des conditions générales, en caractères lisibles Arial 6. Le mot « épidémie » figure bien dans les risques couverts, mais pas les « pandémies ». Il paraît que c’est différent. Comme presque toujours, les assurances se débinent, au grand désarroi du peuple, mais au grand bonheur des actionnaires. En termes de finance et comme toujours, nous sommes tous égaux. Entre actionnaires bien entendu.

Ensuite comment ne pas parler des morts ? Le virus continue ses ravages et aucun signe pour le moment d’une quelconque accalmie, sauf en Europe où la courbe commence à s’aplanir. Aux States, qui je le rappelle devait selon Trump ne pas trop sentir la pastille, c’est la cata. On empile les morts, ou on les étale c’est selon, un peu partout. Tout partout où un endroit réfrigéré se trouve. Les écureuils de Central Park ont également dû s’adapter puisque des tentes poussent comme des champignons. Pas sûr que le ravitaillement auquel ils sont tant habitués soit au rendez-vous. A la place de biscuits et raisins, c’est plutôt un virus qu’on leur sert pour les quatre heures. Lire la suite →

 
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