Sortir du cadre !

De sommets de la dernière chance en «G vains» rocambolesques, les gouvernements politiques nous prouvent qu’ils sont incapables de concevoir l’impasse dans laquelle ils nous ont embarqué. Le spectacle de la gestion de la crise pourrait s’avérer hautement comique s’il ne générait pas autant de dégâts présents et à venir. De postures grotesques en aveux d’impuissance, les inextricables contradictions de nos dirigeants se heurtent toujours aux mêmes murs et se concluent toujours par les mêmes pathétiques communiqués triomphateurs mais dépourvus de toute solution.  Cela relève en fait de la plus pure logique puisque des solutions, tant que l’on reste dans le cadre actuel, il n’y en a pas !

Pour débuter cette année cruciale, je vous propose un petit exercice ( voir problème ci-dessus et réponse ici ) destiné à illustrer le fait que tant que nos réflexions restent confinées à l’intérieur d’un cadre idéologique erroné, les solutions préconisées ne font qu’aggraver les problèmes initiaux. J’en veux pour preuve les logiques d’austérité imposées aux peuples qui, mécaniquement, ne font que diminuer la consommation ainsi que les recettes fiscales et donc au final renforcent la récession et augmentent la dette publique…
De la droite dure à la gauche molle (magnifique contrepèterie), toutes les solutions envisagées jusqu’à maintenant pour sortir de la crise sont totalement ancrées dans le cadre et donc vouées à l’échec.

La dialectique du cadre

Selon Frédéric Lordon, le cadre des politiques menées par les gouvernements repose sur les 3 contraintes structurelles suivantes :

  1. Le libre-échange promu par l’OMC (pression sur les salaires, délocalisations, …)
  2. La finance dérégulée (opacité et montages délirants, paradis fiscaux, prise d’otage des services publics, …)
  3. Le modèle politique économique européen (les marchés décident des politiques économiques, l’indépendance de la BCE, …)

Sortir du cadre implique de redéfinir fondamentalement ces trois contraintes. Il est cependant à craindre que la transformation de ce cadre, c’est-à-dire la modification des traités, appartienne à un horizon temporel sans rapport avec l’urgence d’une crise au bord de devenir foudroyante. Cependant, l’aggravation de la crise est en train de nous pousser hors du cadre. Soyez donc prêt pour un réveil douloureux mais en même temps porteur d’énormes espoirs !

Pour Lordon, la seule et unique question qui vaille du point de vue du débat politique à venir est : veut-on rester dans ce cadre ou veut-on en sortir ?

« Le clivage politique n’est pas du tout celui que vous entendez dire dans le débat médiatique ordinaire. Il y aurait la droite et il y aurait la gauche. Le parti socialiste serait la gauche qui serait contre la droite, etc.… Évidemment la ligne ne passe pas du tout là. Le véritable clivage, il passe entre ceux qui sont implicitement d’accord, et d’un accord inavouable, pour intervenir à l’intérieur du cadre et ceux qui, d’autre part, veulent sortir du cadre et le refaire. Donc c’est la différence fondamentale et c’est ça la différence entre la droite et la vraie gauche. La vraie gauche c’est celle qui veut refaire le cadre. »

Tout cela ne pourra pas durer éternellement

« Pendant ce temps, les corps sociaux, qui ont déjà avalé à leurs frais le sauvetage de la finance, puis assisté, médusés, à son retournement contre les Etats qui l’avaient secourue et, pire encore, la voient exiger de ces derniers des politiques de rigueur n’ayant d’autre finalité que d’éviter au secteur bancaire de nouvelles pertes, les corps sociaux, donc, contemplent l’évanouissement définitif de leur souveraineté et leur dépossession de tout pouvoir politique réel. »
Frédéric Lordon dans les inrockuptibles

L’alternative historique face à laquelle nous nous trouvons se joue entre sauver le système économique ou le laisser s’effondrer. Mais pour le sauver, il faudrait changer radicalement le cadre de la finance mondiale, ce qui est peu probable de la part de personnages politiques inféodés à l’ultra libéralisme. Quand les dés sont pipés, il vaut parfois mieux arrêter le jeu !

Pour conclure, je vous propose quelques ressources qui nous permettrait de sortir de l’impasse si d’aventure nos politiques décidaient de se mettre autour d’une table pour refondre le cadre de l’économie financière actuelle:

2 Commentaires pour "Sortir du cadre !"

  1. Edgar dit :

    … un très bon article de François Leclerc sur le blog de Paul Jorion : « Le cadre craque de partout ! »

  2. Basile dit :

    Même le World Economic Forum (WEF) de Davos propose de sortir du cadre! Klaus Schwab, président et fondateur du WEF tient des propos très fort tels que: «Le capitalisme actuel est mort» ou encore:

    «L’ancien modèle était le capitalisme, le nouveau est le talent. (…) Le capitalisme, sous sa forme actuelle, n’a plus sa place dans le monde qui nous entoure»

    «Nous avons échoué à retenir les leçons de la crise financière de 2009. Une transformation mondiale doit avoir lieu d’urgence et cela doit commencer en rétablissant une notion de responsabilité sociale»

    «Nous avons omis d’investir dans l’avenir, sous-estimé la cohésion sociale et risquons de perdre la confiance des générations futures», a-t-il prévenu.

    Bien joli tout cela. Je me réjouis de voir ce qu’il en restera après Davos….

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