Mobilité, retour à l’esclavagisme, progrès, etc

Entre rêves et catastrophes, joies et projets, je ne peux m’empêcher de me replonger 30 ans en arrière. A cette époque, début de la grande lessive au niveau des centralisations, fusions d’entreprises et j’en passe, je me rappelle très bien que lorsque je cherchais du travail dans la banque, on me posait immanquablement la même question: « Etes-vous flexible et mobile? » A l’époque, on me disait: « L’ère de travailler dans son village, dans sa ville, est révolue. A présent, il faut être prêt à se déplacer, à devoir effectuer des kilomètres. C’est ça l’avenir: la mobilité! » Lors des concentrations bancaires vécues, j’ai pu expérimenter nombre de déplacements, de mesures dites de « rationalisation ». Nous avons été traités comme des bestiaux, et celles et ceux qui refusaient de suivre le mouvement novateur ont soit été priés de s’en aller, soit mis à la retraite. On n’en voulait plus de gens comme ça! Des gens qui ne voulaient pas évoluer, disait-on.

30 ans plus tard on en est où? Où se situe le fameux progrès? Le résultat de cette évolution, c’est que tout le monde en a marre. Les autoroutes sont saturées et les trains bondés. En fait, tout le monde se croise. C’est trop cool pas vrai de se faire signe par la vitre d’un train? Car qui dit déplacements dit frais supplémentaires, heures de voyage perdues, moins de temps pour la qualité de vie, moins de temps en famille. Et si j’en lis encore les oracles, qui sont restés dans ce schéma de pensée, le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter. Et pourtant, tant de gens se disent épuisés par tout ce gâchis et nombre d’entre nous est désormais prêt à revoir ses ambitions au travail. Alors pour celles et ceux qui pensent encore que c’est avec un travail qu’on se réalise forcément dans la vie, je leur dis FAUX. Rien n’est plus faux et tout recruteur qui vous balance cette idiotie lors d’un entretien devrait pouvoir mériter le droit d’être fessé à l’heure de l’apéro. Un bon travail est important, mais si ce dernier se passe en rognant sur la qualité de vie, en réduisant un maximum son temps de récupération, en bouffant l’équilibre de vie, c’est en pure perte de réfléchir ainsi.

La mobilité, telle qu’on la connaît (parlez donc de la mobilité aux automobilistes qui chaque jour empruntent le tunnel du Gubrist ou qui transitent par Oensingen), c’est le gâchis par excellence. Et même si ça peut paraître ringard, qui de vous rêve de pouvoir rentrer à la maison prendre le repas de midi avec femme et enfants? Qui de vous rêve de pouvoir se déplacer à pied au travail ou d’emprunter son vélo? Ah oui j’oubliais, c’était le temps de nos ancêtres… et ça fait très rétrograde de parler ainsi.

Ensuite je parlerai crûment en utilisant sciemment le terme d’esclavagisme. En fait, les entreprises fonctionnent encore et toujours avec une mentalité complètement… rétrograde. Elles considèrent encore et toujours les « charges salariales » comme des dépenses. Alors c’est vrai et faux en même temps. Et comme la plupart des patrons ne comprennent pas, ou ne veulent pas entendre, que le paiement d’un salaire reste l’essence de l’entreprise (car les coûts salariaux permettent de créer de la substance qui elle rapporte), on en arrive gentiment au biffage pur et simple du salarié. On préfère nettement créer du chiffre d’affaires, en ayant recours à des indépendants (donc des salariés qui n’en sont pas), et transférer par la même occasion l’entier de la responsabilité des retraites sur les franchisés. Est-ce que c’est cela l’avenir? Vous l’appellerez comme vous voulez, mais moi j’appelle cela le retour à l’âge de l’esclavagisme. Car de progrès je n’en vois aucun. Airbnb, Uber, livreurs de pizzas et que sais-je encore, n’illustrent rien d’autre qu’une déresponsabilisation totale de l’entrepreneur, ou faiseur de fric, qui préfère juste encaisser et décaisser une petite commission à qui voudra bien courir plus vite que les autres.

Ces 30 dernières années nous ont appris ce qu’est la mondialisation. Un concept qui aurait pu fonctionner mais qui reste un puissant échec. Les travailleurs sont devenus des marionnettes qui passent leur vie dans les transports, et les inégalités entre pays sont devenues encore plus criardes qu’elles ne l’étaient. L’Afrique? Elle n’a pas progressé d’un poil. L’Asie? On aime encore bien faire travailler les enfants. Pas pour faire du fric, mais juste pour survivre en ce qui les concerne. La Chine? Un pays à plusieurs facettes avec beaucoup de développements en infrastructure et des fabriques qui ont poussé comme des champignons. Je me concentrerai sur le brouillard de Pékin. Quel bonheur d’avoir le droit de rester chez soi régulièrement et d’avoir le privilège de rouler en 1ère sur l’autoroute. Et ça, c’est le progrès dit-on.

M. Trump reste un personnage terriblement décrié. Et bien que je ne maîtrise absolument pas tous les paramètres de ce qu’il souhaite mettre en place, ni les implications réelles, il y a un point auquel je souscris des propositions émise par ce brave septuagénaire: le retour du travail aux USA! M. Trump passe pour un rétrograde car cette proposition tacle toute la dérégulation mise en place depuis 30 ans. Son message est clair: assez de ce foutoir! Et ce diable de blondinet a mille fois raison. Et son grand mérite réside dans le fait qu’il ose dire ce qu’il pense et qu’il n’en a strictement rien à cirer de ce que l’on pense de lui. Avec lui au pouvoir, j’espère enfin que notre monde en soit complètement bouleversé, peu importe le prix à payer. Nous ne pouvons simplement plus continuer de fonctionner ainsi et même si le personnage m’insupporte plus qu’autre chose, je pense que le monde a besoin d’un fou pour enclencher un changement. Nous vivons déjà dans un asile. Alors autant que ce soit le plus fou d’entre nous qui le dirige…


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